Proverbe marocain: "Attends-toi au pire quand une personne frustrée se réveille."

 

L'article en question est paru dans la section Métro du NY Post le 14 Juillet sous le titre: “Les Œuvres d’Art d’un Défunt Artiste Marocain au Centre d’un Procès”. L'auteur, la journaliste Julia Marsh n'a répondu à aucun de mes emails pour commentaires.

 

J'ai choisi de reproduire l'article dans son intégralité, ne commentant pour le moment que des aspects que je juge importants.

En voici la traduction:

 

" Il s’est éteint dans un oubli relatif à Manhattan, mais les œuvres d'un peintre marocain, qui, à un moment de sa vie s’était lié d’amitié avec les semblables du légendaire Beat poète Allen Ginsberg et de la femme de la haute société Peggy Guggenheim, sont en ce moment même l’enjeu d’une bataille judiciaire féroce depuis qu’elles ont énormément augmenté en valeur après que le gouvernement de son pays natal, à titre posthume, en a fait un ambassadeur de la culture.

 

Ahmed Yacoubi, né d’une famille de guérisseurs, est devenu un artiste de la jet-set dans les années 1950 après sa rencontre avec Peggy Guggenheim qui avait acheté quelques unes de ses oeuvres pour sa collection privée.

 

Yacoubi s’installa à New York, quartier du Lower East Side dans un studio au-dessus d'un théâtre. Il y vécut avec l'artiste Carol Cannon jusqu'à peu avant sa mort en 1985 d’un cancer du poumon. Il ne laissa pas de testament.

 

L'année dernière, le fils et héritier unique du peintre, Soufian Yacoubi, commissaire de police à Fez, entama une procédure en justice pour réclamer 400,000 $ à Carol Cannon sous le prétexte qu’elle vend des œuvres part de l’héritage sur internet.

 

"Elle était au courant qu'il avait un fils. Elle n'avait aucun droit" de vendre les œuvres, proclame Larsen Krim, basé à Manhattan, exécuteur du domaine Yacoubi et représentant de Soufian aux USA.

 

Cannon prétend dans les documents de l’affaire au tribunal qu'elle est l’auteur du renouveau de la gloire de l’artiste à titre posthume.

 

Krim reconnait dans un entretien que Canon était bien celle qui avait écrit au Roi du Maroc Mohammed VI - un mécène reconnu - et lui a offert une des plus grandes peintures d'Ahmed Yacoubi.

 

Après ce geste, le roi a fait exhumer les restes de Yacoubi d'un cimetière du New Jersey en 2009 et les a fait rapatrier dans son pays natal, où des obsèques d'état ont eu lieu.

 

Tandis que Krim et Yacoubi Soufian accusent Canon de s’être accaparée le trésor représenté par les œuvres d’art après la mort d'Ahmed Yacoubi, elle prétend les avoir acquises plus tard, des héritiers du domaine de sa fille, morte à Londres en 2003.

 

"Je n'ai jamais rien pris" affirme Cannon. Dans les documents au tribunal, elle qualifie Soufian de "fils présumé de l'artiste" et affirme qu'il n’a fait surface qu’après les obsèques d'état de Ahmed Yacoubi.

 

D’après Krim Carol Canon aurait en sa possesion 50 pièces d’une valeur de 50,000 $ chacune. Carol Cannon a refusé de faire des commentaires sur la collection, disant seulement que son but est de la préserver pour une éventuelle rétrospective.

 

Elle a cependant admis avoir vendu quelques petits croquis pour payer les frais d’entrepôt climatisé et du site web consacré à l'héritage de l'artiste.

 

De nos jours, les peintures de Yacoubi sont présentes dans les collections du MoMA de NY et du Musée d'Art Moderne de Paris."

 

 

COMMENTAIRES

 

En ce qui concerne les commentaires sur Carol Cannon, j'avais gardé toute ma correspondance avec elle par email pendant les quatre années pendant lesquelles j'ai travaillé pour et avec elle et donc suis en mesure de fournir des preuves pour ce que j'avance si le besoin se présente.

Avec tout le respect dû à Carol Cannon qui prétend qu'elle est responsable de la récente renommée de Ahmed Yacoubi et d’autre part, si elle avait prétendu que cela avait été un effort conjoint d'elle et moi, je l'aurais accepté sans discuter, ni faire aucun commentaire.

Je voudrais tout simplement rappeler à Carol que la renommée récente de l'artiste a eu lieu au Maroc où je résidais et réside encore et non à New York ou dans une autre ville ou un autre pays à cet égard. En fait la presque totalité du mérite de la renaissance du travail de Ahmed Yacoubi me revient. L'évolution des résultats des ventes aux enchères réalisés au Maroc pendant les quatre ans que j'ai passées à travailler sur le projet sont là pour le prouver, tout comme les compliments de Melle Cannon à mon encontre; quel excellent travail je faisais au point où elle a affirmé que j'étais désormais devenu son associé et non plus son agent comme notre contrat le stipulait.

Cependant, en toute sincère humilité, je vais partager le mérite avec elle et déclarer que ce fut un travail d'équipe.

 

Quant à M. Hassan Ouakrim, alias Larsen Krim dans l'article du NY Post, en remontant dans le temps, lui qui prétend avoir été un très grand ami du défunt l'artiste, aurait pu beaucoup faire, avec l'aide de feu Ellen Stewart, pour garder à l'œuvre d'Ahmed Yacoubi sa renommée après son décès pendant que l'artiste était très connu et très apprécié dans son pays natal.

Malheureusement, ni lui, ni Ellen Stewart n'ont rien entrepris pour promouvoir l'art de Yacoubi au détriment de la réputation de l'artiste, avec pour conséquence que celui-ci et son œuvre sont tombés dans l’oubli au Maroc contrairement à Jilali Gharbaoui et Ahmed Cherkaoui, les deux autres pionniers de l’art moderne marocain.

Carol Cannon avait mentionné une commémoration en l’honneur de Ahmed Yacoubi donnée une fois par an au théâtre la Mama’s qui réunissait quelques amis ces dernières années, mais rien d'intérêt ou qui ait porté des fruits.

 

S.E. l'Ambassadeur du Maroc, M. Driss Slaoui, grand amateur d'art et très conscient de l'importance de l'art de Ahmed Yacoubi, doit être honoré et félicité pour avoir organisé une rétrospective à la Gallery Internationale 52 à NYC en 1987. Malheureusement, ni l’idée ni l’envie ne sont venues à l’esprit de M. Arsen Krim et d'Ellen Stewart pour prendre la relève de l’excellent départ de l'Ambassadeur marocain.

 

M. Arsen Krim n’a refait surface qu’après que les peintures de Ahmed Yacoubi aient commencé à atteindre des prix élevés au Maroc ; Carol Cannon et moi-même avions déjà mis beaucoup de temps, de travail et d'énergie pour promouvoir le travail de l’artiste.

Quant au nombre de pièces en possession de Carol Cannon , le nombre "50" avancé par M. Larsen est de la pure spéculation. Il provient grosso-modo du nombre de pièces que j'avais mentionné à M. Soufian Yacoubi de façon impromptue quand je l'ai rencontré avec sa sœur et sa mère à Tanger; je suis naïf, mais pas au point de donner, ne serait-ce qu’une idée, du nombre exact.

 

D’après Carol Cannon, Ahmed Yacoubi n'avait confiance en personne quand il s’agissait de son travail, même pas en elle. Il ne voulait que personne ne soit présent quand il peignait et gardait tout son travail enfermé dans des placards. Donc personne ne savait combien de pièces d'art il avait en sa possession jusqu'à ce que Carol et Karima, la fille d'Ahmed aient obtenu les clés des placards juste après son décès et après que Carol Cannon m'ait fourni l'inventaire pour pouvoir en faire usage.

 

S’agissant de la valeur des peintures d'Ahmed Yacoubi à 50,000 $ la pièce par M. Arsen, là encore, c'est de la pure invention.

Les peintures de l'artiste avaient atteint des prix plus élevés que ça, quand Carol et moi travaillions sur le projet.

Malheureusement, ces deux dernières années, comme conséquence d’avoir été encore une fois absent du marché de l'art au Maroc, les peintures ne se vendent pas, même pour beaucoup moins que 50,000 $ bien que j'avais fortement conseillé à Soufian Yacoubi à deux reprises de s’assurer qu'une peinture de son père soit présente à toutes les ventes aux enchères importantes pour garder l’art de son père " vivant "  et présent dans le marché de l’art. Malheureusement, il n’en a rien fait par manque de confiance et d’ignorance jusqu’à récemment, alors qu’il était trop tard, en confiant les peintures en sa possession à Mazad et Art, une maison d’enchères basée à Tanger.

La dernière peinture que M. Choukry Bentaouit, le directeur de Mazad et Art prétend avoir vendu à 75.000 $ en Juin, était toujours dans son bureau quand j’y suis allé en Septembre. Il est évident que M. Bentaouit, ayant obtenu une éventuelle promesse par M. Soufian Yacoubi de se voir confier la part de l’héritage de ce dernier, fait courir de fausses rumeurs et fait publier des prix irréels sur Artprice, le site web de base de données de prix de vente aux enchères, et ceci dans le but de donner un boost à la valeur des peintures de Ahmed Yacoubi; bien qu'injuste, c'est une pratique commune aux maisons d’enchères dans beaucoup de pays.

 

Pour en revenir à M. Larsen Krim qui selon Julia Marsh, la journaliste qui a écrit l'article, prétend que Sa Majesté Mohamed VI, Souverain du Maroc a fait exhumer le corps de Ahmed Yacoubi et fait organiser des obsèques d'état au Maroc après que Carol Cannon lui ait fait parvenir une peinture en cadeau.

Cette déclaration ne pourrait pas venir de Carol Cannon parce qu'elle connaît le déroulement exact des événements, mais doit sûrement être attribuée à M. Larsen Krim dont la version doit être considérée comme un honteux manque de respect à l’Auguste Personne de Sa Majesté le Roi qui n’a nul besoin de se voir offrir une peinture pour accomplir un geste aussi noble et généreux. La vérité est que Carol Cannon après que je le lui avais vivement suggéré, avait envoyé une peinture à l'attention de Sa Majesté après que le corps de Ahmed Yacoubi ait été exhumé et enterré à Tanger, et non avant, comme mentionné dans l’article du NY Post.

Ceci est de nouveau une preuve que M. Larsen Krim n’est au courant de rien bien qu'il donne l'impression dans l'article du Post, qu'il contrôlait et avait géré la situation lui-même.

 

M. Arsen Krim, malgré le fait qu'il avait connu l'artiste pendant longtemps, n'est pas la personne qu’il fallait avoir choisi comme représentant, aux EU comme partout ailleurs, de l'art et de la mémoire de Ahmed Yacoubi ; c'est vraiment dommage pour ne pas dire honteux.

 

 

 

 

PHOTOS:

 

A gauche, la photo de l'entrée et à droite celle de l'immeuble où Ahmed Yacoubi avait son studio à Tanger sur la rue Moussa Ben Noussair. La porte du studio portait une inscription "Ma Kan" selon Harry Atkins, ami de l'artiste.