"Les critiques devraient aider les gens à percevoir par eux-mêmes. Ils ne devraient jamais essayer d'imposer leurs propres explications.... si les explications d’un critique augmentent l'obscurité générale, c'est encore mieux." : Georges Braque

 

 "Tanger 54" de Mona Thomas: une Autre Approche.

 

J'ai pris la décision d’écrire cette étude sur le livre de Mona Thomas, "Tanger 54", parce que ce livre fait grand étalage d’une partie de la vie d’un grand artiste marocain méconnu du grand public, Ahmed Ben Driss El Yacoubi (Fes : 1928- NYC : 1985). Ahmed Yacoubi était, au même titre, que A. Cherkaoui et J. Gharbaoui, un précurseur et un pionnier de l’art moderne au Maroc. Le fait qu’il soit resté inconnu est tout simplement dû, comme l’a souligné Fouad Bellamine dans sa présentation consacrée au peintre à l’Atelier du Lion en Décembre 2008, au fait qu’il ait vécu aux USA et non en France et au Maroc comme l’avaient fait les deux autres artistes.

Mona Thomas a donc eu le mérite de faire renaître la mémoire de ce grand artiste mais la question qui se pose est la suivante ; l’a-t-elle fait dans un esprit d’éthique irréprochable ou bien l’a-t-elle fait dans un esprit d’honnêteté intellectuelle qui laisse à désirer.

 

Je vais dans un premier temps démontrer que "le Dessin Normand" (voir Galerie de Photos) n’est pas de Francis Bacon comme le laissait entendre Mme Thomas et ne représente pas Ahmed Yacoubi, une hypothèse aussi avancée par l’auteur.

Je vais, dans un deuxième temps, décrire les lacunes dans le travail de recherche effectué par Mona Thomas en ce qui concerne principalement Ahmed Yacoubi, lacunes volontaires pour servir aux intérêts de son histoire, lacunes involontaires qui montre une certaine négligence et un manque de sérieux.

Dans un troisième temps, j'essaierai d’apporter une version un peu moins perverse de la vie de Ahmed Yacoubi et notamment de sa relation avec le romancier Paul Bowles.

Dans un quatrième temps, je montrerai que derrière l’homme que nous a décrit Mona Thomas, il y avait un grand artiste au talent reconnu à l’échelle internationale à l’époque.

Pour conclure, j'essaierai d’émettre une hypothèse basée sur mes propres recherches, de l’artiste qui a peint ce fameux "Dessin Normand" et le personnage qui y est représenté.

 

La première idée qui vient à l’esprit quand on voit un portrait qu’on attribue à Francis Bacon, vu sa notoriété, est bien entendu d’en envoyer une copie au Comité Francis Bacon à Londres qui est seul habilité à donner un avis sur son authenticité. C’est donc la première chose que j'ai faite. Un email avec la photo du Portrait Normand a été envoyé à Mr Christophe Dejean, membre du Comité fin Octobre 2012. Sa réponse, deux jours après, a été des plus surprenantes ; Mme Thomas avait contacté la Comité en envoyant une photo en 2011 et Mr Martin Harrison, éditeur du "Francis Bacon Catalogue Raisonné" à paraître, a été formel, le Dessin Normand envoyé par Mona Thomas ne ressemble en rien à ce que F. Bacon aurait pu faire pendant toute sa carrière.

La réponse du Comité n’a fait qu’être confirmée une fois que le site web de la Tate Gallery de Londres qui a organisé trois rétrospectives de Francis Bacon, a été consulté ; ce site extrêmement bien conçu contient un bon nombre de travaux sur papier de Bacon qui n’ont rien de commun avec le dessin du livre de Mona Thomas.

 

Dès lors que le dessin s’avère ne pas être de Francis Bacon, l’histoire de Mona Thomas n’a plus raison d’être mais je ne vais pas m'en arrêter là.

La deuxième question qui se pose est, bien entendu, puisque le dessin n’est pas de Bacon, le personnage représenté n’est peut-être pas Ahmed Yacoubi comme le prétend Mona Thomas qui avance l’argument que Carol Cannon, qui se prétend expert dans l’œuvre de Ahmed Yacoubi, a immédiatement et formellement identifié l’homme et qui, elle, Carol Cannon travaille sur un livre, un hommage à Ahmed Yacoubi. La relation entre Carol Cannon et Ahmed Yacoubi n’étant pas d’actualité, je n'en parlerai pas mais je crains que Melle Cannon a été très naïve d'émettre une opinion que je juge douteuse et je pense que Melle Cannon voulait servir les intérêts de son livre parce qu’un portrait de Ahmed Yacoubi par Francis Bacon viendrait valoriser l’image du livre et Melle Cannon comme Mme Thomas ont eu tendance à vouloir idéaliser cette relation entre F. Bacon et A. Yacoubi par souci d’intérêt personnel, Carol Cannon allant jusqu’à parler de complicité dans des conversations téléphoniques, bien des années après alors que si amitié il y avait eu entre Yacoubi et Bacon, ce dernier aurait pu, s’il l’avait vraiment voulu étant à l’apogée de sa carrière, lui trouver une galerie où exposer ou lui présenter des collectionneurs vu la situation financière très précaire où était Yacoubi à New York à l’époque. Il y avait certes du respect entre Bacon et Yacoubi comme le prétend Carol Cannon comme il y a eu du respect entre Yacoubi et Jacques Berdugo dans le texte qu’elle a écrit pour la vente aux enchères de la CMOOA à Casablanca ; mais malheureusement ce "respect" témoigné à Ahmed Yacoubi n’a rien donné comme soutien quand l’artiste est tombé gravement malade et qu’il avait vraiment besoin de "respect".

 

Ce qui m'amène à éclaircir certains points entre la relation de Ahmed Yacoubi et Francis Bacon décrites dans Tanger 54.

Tout laisse à penser que la relation entre Ahmed Yacoubi et F. Bacon a été brève, le temps d’un apprentissage à la peinture à l’huile. Mona Thomas y voit une relation qui a duré longtemps et qui du point de vue de Francis Bacon a été une relation intense et obsédante puisque Mme Thomas l’illustre par le fait, très discutable, que Bacon représentait Ahmed Yacoubi dans beaucoup de ses tableaux notamment dans l’un des tableaux des "Etudes pour le Portrait du Pape" ( voir Galerie de Photos) avec "le sourire éclatant et la chemise immaculée d’Ahmed" alors qu’avec tout le respect que nous devons à Mme Thomas en tant que critique d’art, rien ne porte à croire qu’il y avait quoique que ce soit de ressemblant entre Ahmed Yacoubi et tous les tableaux de la série des portraits du Pape surtout de la façon très à lui qu’avait F. Bacon de déformer les visages.

Dans la même optique, Mona Thomas voit les jambes de Ahmed Yacoubi dans "Etude pour un Portrait de Van Gogh,1957", un des 6 tableaux de l’hommage rendu à Van Gogh par Francis Bacon, inspiré du tableau de Van Gogh "Le Peintre sur la Route de Tarascon, 1888" (voir Galerie de Photos).

Mme Thomas reconnaît Ahmed Yacoubi dans le personnage pieds nus et portant djellaba, le seul tableau de Bacon qui représente un Marocain et que Bacon lui-même, en personne a intitulé "Man Carrying a Child, 1956" ; Homme portant un Enfant. Pour Mona Thomas, il s’agirait non pas d‘un enfant que porte cet homme mais bien du perroquet de Paul Bowles, Barbarhio que porterait Yacoubi sur son épaule (voir Galerie de Photos).

Pour en finir avec cette partie réservée à la relation entre Yacoubi et Bacon ; il semblerait que d’après Mme Thomas, il y ait eu un échange de portraits faits par les deux artistes, Francis Bacon ayant dessiné le Portrait Normand et Ahmed Yacoubi en tant que son élève ayant fait un portrait de Bacon à l’huile. Ce portrait, toujours d’après Thomas, est celui que Bacon avait jeté, dans un excès de colère aux ordures avec nombre de ses courriers, effets personnels, esquisses, ect. qui avaient été récupérés par un électricien qui travaillait chez l’artiste, Mac Robertson. Une photo de ce portrait figure sur le catalogue de la vente aux enchères de Ewbanks de 2007 en Grande Bretagne. Ce portrait est franchement l’œuvre de quelqu’un qui ne sait ni dessiner, ni peindre avec quel medium que ce soit. C’est une insulte au talent de Ahmed Yacoubi que de lui attribuer ce portrait ; certes il apprenait à peindre avec Bacon à l’huile mais il faut préciser que Ahmed Yacoubi avait presque 30 ans à l’époque et que son talent de dessinateur et de peintre à la gouache étaient déjà bien avancés ; quant à peindre une horreur pareille......

Pour apporter un soutien à son argument, et Thomas de continuer en disant que la difficulté pour Ahmed Yacoubi de peindre un portrait, d’où la mauvaise qualité du portrait, viendrait de "l’interdit de la représentation du visage ramené de l’enfance du jeune musulman". Nul besoin de souligner qu’à l’âge de 30 ans, Ahmed Yacoubi avait dépassé cet "interdit", si interdit il y eut jamais pour lui puisque des visages et des personnages, il en avait beaucoup dessiné bien avant sa rencontre avec Francis Bacon ; en 1956 il avait à son actif plusieurs expositions à travers le monde : New York à la Betty Parsons Gallery et Madrid à la Galeria Clan pour ne citer que ces deux-là ; Mona Thomas aurait mieux fait de se renseigner auprès de Carol Cannon.

Mona Thomas cite la monographie de Pierre Gassier consacré à Ahmed Yacoubi ; pour la petite histoire Pierre Gassier était l’attaché culturel de l’ambassade de France et un grand critique d’art, peut-être celui parmi les non marocains qui ont vraiment compris l’évolution de l’art au Maroc. Dans cette monographie à laquelle je suppose que Mme Thomas a eu accès, il y a des photos de dessins, de pastels de Yacoubi de 1952, 1953, et 1955 avant sa rencontre avec Bacon et qui attestent d’une grande précision dans le dessin et déjà d’un accomplissement de Ahmed Yacoubi en tant qu’artiste, trop talentueux pour avoir exécuter ce portrait à l’huile qui serait plutôt l’œuvre d’un novice.

 

Le travail de recherche de Mona Thomas du moins en ce qui concerne Ahmed Yacoubi souffre de nombreuses lacunes et de nombreuses fautes dues au fait que le travail a été tout simplement bâclé. Il me serait plus facile de les énumérer :

 

- L’année de naissance de Ahmed Yacoubi est 1928. Thomas a certainement été induite en erreur par la page de Wikipédia dédiée à l’artiste qui la date à 1931 mais le site de Carol Cannon donne la bonne date ; trois années dans la vie d’un peintre peuvent faire une grande différence.

- Page 62 : Thomas affirme que les contes de Ahmed Yacoubi étaient publiés sous son pseudonyme Driss ben Hamed Cherhadi. Driss Ben Hamed Cherhadi était le bien le pseudonyme mais de Larbi Layachi, un autre conteur, ami de Bowles, non pas de Ahmed Yacoubi.

- Page 79 : Il se trouve comme le souligne Michael Peppiat dans Francis Bacon in the 1950s, que Francis Bacon ne se trouvait pas à Tanger en 1954, l’année qui figure sur le Dessin Normand, sa première visite datant de 1956, voire l’année précédente comme le fait remarquer Mona Thomas citant une autre source, mais pas un 1954, sûr et certain. Donc, comment se fait-il que le dessin, s’il a été l’œuvre de Bacon a été situé et daté par l’artiste alors qu’il ne se trouvait pas à Tanger. Mona Thomas suggère que le dessin aurait été daté de la main de Francis Bacon après 1954. Ce raisonnement, qui ne tient pas debout, me laisse dans un état de confusion extrême.

- Page 89 : Mona Thomas a le culot de reprocher au Comité Francis Bacon son manque de réaction quant au respect des droits d’auteur d’une photo représentant Bacon et Lacy sur une terrasse sur fond de Méditerranée, photo disponible sur le net. Cette photo est celle de la vente de la Provenance: The Robertson Collection, lot 2025, Ewbank Auctioneers, du 24 Avril 2007, vente à laquelle Thomas fera mention très largement plus tard dans son ouvrage. Thomas donne l’impression qu’il s’agit de deux photos différentes alors que c’est la même photo.

- Page 115 : Mona Thomas, se référant à l’ouvrage de Daniel Farson, The Gilded Gutter Life of Francis Bacon dit que l’exposition de Ahmed Yacoubi à la Hanover Gallery de Londres n’a jamais eu lieu. Cette exposition, contrairement à ce qu’affirme Daniel Farson, a bien eu lieu en Oct.1957, exposition en même temps que la célèbre artiste Brésilienne Vieira da Silva ; je suis en possession d’articles de journaux qui en font état. Tomas s’inspirera beaucoup de ce livre de Daniel Farson alors que de son vivant Francis Bacon, qui connaissait bien ce personnage dénué de sérieux, de bonne foi et imbus d’idées politiques très rétrogrades, ne voulait jamais que sa biographie soit publiée de son vivant; Farson le fera après sa mort. Je reviendrai sur ce livre plus tard.

- Page 120 : Mona Thomas décrit la rencontre en détails avec la femme que va épouser Yacoubi en s’inspirant certainement du site officiel de Paul Bowles puisqu’elle la mentionne seulement par son prénom Ruth sans faire l’effort de faire les recherches nécessaires pour trouver son nom de famille, Marthen.

- Page 156 : Mona Thomas pour mettre du piment dans la relation de Ahmed Yacoubi et de Paul Bowles dira que ce dernier avait offert sa maison de la Casbah à l’artiste, maison qui a été pillée. Il n’en est rien, Paul Bowles n’a jamais offert de maison à Yacoubi qui avait loué un local en ville à Tanger, rue Moussa Ben Noussair ; local dont la porte avait été forcée et les effets vendus par le propriétaire.

- Page 159 : Ahmed Yacoubi aurait entreposé des tableaux à Londres dans les années 70 dans un local qui avait été cambriolé. C’est faux, c’est sa fille Karima, après le décès de son père, qui aurait entreposé les tableaux ramenés des USA dans un entrepôt dont les propriétaires avaient là aussi vendu les tableaux. De même que Karima Yacoubi n’est pas morte d’un cancer du sang comme le prétend Thomas par souci du détail mais par respect pour la mémoire de la défunte, je préférerais ne pas me prononcer.

 

J'ai donc énuméré quelques maladresses dans le travail de recherche de Mona Thomas. Tout au long de son livre Mona Thomas insiste plusieurs fois sur l’énorme travail de recherche qu’elle a dû accomplir.

Mais ces maladresses ne sont pas ce qu’il y a plus fâcheux à côté de certaines allégations quant à la société et la culture marocaines qui m'ont paru très déplacées, voire même indignes de la part d’une écrivaine aussi connue sur la place que Mona Thomas.

Dans son travail de recherche, Mona Thomas avait été amené, d’après elle, à aller chercher du côté des peintres marocains des années 50 pour voir si l’un d’eux pourrait avoir fait le Dessin Normand:  "Quant aux peintres marocains des années cinquante auxquels j’ai eu accès, ils s’appliquent entièrement aux paysages. Quelques-uns préfèrent les formes abstraites, la plupart excellent dans un genre Club Med d’impressions colorées.". J'estime que venant d’une critique d’art, ce jugement est assez sévère, voire complètement erroné ; les peintres marocains de l’époque ayant été peu nombreux et à notre connaissance aucun ne mérite l’étiquette "Club Med" mais par contre ces artistes ont beaucoup de mérite pour avoir réussi la transition vers un art moderne dans un pays où la peinture en était à peine à ses premiers balbutiements.

En parlant de la confusion de Ahmed Yacoubi entre l’amour et sa relation avec l’argent, Mona Thomas l’explique par le fait qu’il est né dans "un système de société à la grecque où…………………….les jeunes garçons, séduits par des hommes adultes, séduisent (d’autres hommes) une fois la maturité atteinte". Cette explication à caractère "orientaliste" qui se veut générale est une insulte à la morale de la société marocaine et des sociétés arabo-musulmanes en général.

J'avais évoqué plus haut, la biographie de Francis Bacon par Daniel Farson. Thomas en reprend un argument assez sérieux dans sa bêtise selon lequel la tribu des Djebbalas du Nord du Maroc encourageait l’homosexualité. Mme Thomas n’était pas obligée de reprendre cet argument de Farson, et si elle l’a fait malgré la réputation très douteuse de Farson et notamment ses dérives politiques, alors c’est dans un but bien précis sinon elle aurait pu demander leur avis aux écrivains et sociologues marocains qui habitent Paris et qui ne sont pas des moindres.

Tout au long du livre de Mona Thomas, j'ai remarqué une animosité et un acharnement envers la personne de Ahmed Yacoubi qui laisse le lecteur avec une image très négative de l’homme, que ce soit en citant des éléments bien précis qu’elle a choisis venant d’autres auteurs ou ses propres. Mona Thomas en décrivant la vie que menait Ahmed Yacoubi, dit que lui qu’il a été un enfant qui n’a jamais connu de loi et probablement qu’il a été séduit trop tôt, ce qui l’amenait à vouloir à l’âge adulte répéter les gestes et les actes commis sur lui étant enfant. On se demande d’où Thomas tire l’information selon laquelle Ahmed Yacoubi aurait été victime de pédophilie ; un manque de respect au défunt, à sa famille et au milieu où il a grandi. On se demanderait aussi, si Thomas ne veut pas par là encore une fois en faire une généralité.

Thomas cite D. Farson selon qui A. Yacoubi essayait toujours d’extorquer de l’argent ou quelque chose à Paul ; toujours selon Farson rien n’était plus normal dans ce genre de relation. Ces propos viennent en fait de Jane Bowles comme le rapporte Michelle Green dans son livre The Dream at the End of the World, la femme de Paul Bowles qui devant les affinités dans leur relation montrées by Ahmed Yacoubi et Paul Bowles, en avait éprouvé une jalousie maladive non pas par amour mais parce qu’elle craignait que Paul ne passe trop de temps avec Ahmed et la délaisse alors qu’elle comptait sur lui pour l’aider à écrire.

Thomas présente un Yacoubi, vulgaire "dealer" de majoun (gâteau avec cannabis) et de kif (cannabis). En fait ; comme le dit Michelle Green, c’était sous les instructions de Paul Bowles que Ahmed Yacoubi faisait du majoun parce que Paul aimait et s’amusait des expériences que lui procurait le majoun à lui et à d’autres allant jusqu’à en faire manger à des personnes sans les en prévenir des effets, tel l’artiste Robert Rauschenberg de passage à Tanger. Ce n’est donc pas sous l’initiative de Ahmed Yacoubi, comme le prétend Thomas que le majoun était donné aux invités de Paul Bowles. Quant au kif, il faisait partie de la culture populaire marocaine, Michelle Green : "Les Marocains comme Yacoubi, étaient très familiers avec la façon dont le kif pouvait améliorer les pouvoirs créatifs. Un proverbe populaire dit que une pipe de kif avant le petit-déjeuner donne la force de cent chameaux". Il est certain que Ahmed Yacoubi dans ses moments de grand besoin, en vendait quelque fois mais de là comme semble le faire croire Thomas, qu’il en ait fait une habitude ou une profession, impossible à croire.

De même, qu’il ait eu des relations avec des hommes, on sait que c’est vrai mais qu’il en fait là aussi un vice, difficile à croire. Il ne faut pas oublier que Ahmed Yacoubi venait d’un milieu très modeste de la médina de Fes, et il est arrivé que la fréquentation des Occidentaux avec leur habitudes, leurs vêtements et leurs belles voitures a dû lui faire "tourner la tête" pour qu’il en vienne à coucher avec des hommes. Il faut aussi garder à l’esprit que pour faire partie de ce milieu très affluent artistiquement et intellectuellement dans le lequel il évoluait à Tanger, milieu qui imposait des règles aux marocains, il fallait jouer le jeu pour pouvoir en tirer des bienfaits pour sa carrière de peintre que Ahmed Yacoubi chérissait avant tout autre chose ; d’où sa relation avec Francis Bacon qui fut très brève, le temps d’un apprentissage de peinture à l’huile parce que de toute façon Francis Bacon était très extrême dans ses goûts ; de là à en faire une relation qui a duré pendant longtemps comme le prétend Mona Thomas.

 

Je n'ai pas eu la chance d'avoir connu Ahmed Yacoubi personnellement mais toutes les personnes qui en ont eu l’occasion disent de lui que c’était un monsieur très charmant, très drôle et de très bonne compagnie, d’où sa relation avec Paul Bowles qu’il amusait et divertissait énormément. La relation de Ahmed Yacoubi et de Paul Bowles était d’ordre paternel. Dans un ouvrage intitulé Tangier, City of the Dream, le journaliste Iain Finlayson revient sur cette relation. Yacoubi aussi bien que Bowles, d’après Finlayson ont tous les eux niés qu’une relation sexuelle n’ait jamais eu lieu entre eux. De même, cet argument est repris par Nicholas C. Edsall dans son livre Towards Stonewall, qui confirme que ce genre de relation n’a pas eu lieu entre les deux, et qui qualifie leur relation "d’avunculaire". Toujours selon Edsall, un "spécialiste" en la matière Bowles avait une sexualité refoulée et était asexuel ; cet avis n‘est pas partagé par la combien célèbre Peggy Guggenheim, qui dans son autobiographie Out of this Century : Confessions of an Art Addict, écrite du vivant de Paul Bowles, affirme avoir couché avec ce dernier lors d’une de ses visites en Italie. Paul Bowles était un habile manipulateur et aurait pu parfois vouloir faire croire à ses invités pour la plupart homosexuels, qu’il l’était aussi et donc qu’il avait une relation avec Yacoubi ; mais c’était seulement pour jouer le jeu.

Paul Bowles aimait beaucoup Yacoubi et la carrière artistique du peintre lui tenait beaucoup à cœur parce qu’ayant du flair (il était entre autres compositeur de musique) il le savait très doué et promu à un grand avenir artistique. D’où son désarroi quand Yacoubi est resté aux côtés de Libby Holman aux USA, Paul Bowles craignait surtout pour sa carrière de peintre qu’elle soit abandonnée et non comme le prétend Thomas que Bowles avait les yeux rouges d’avoir pleuré l’absence de Yacoubi par jalousie.

L’auteur précité Iain Finlayson l’a très bien compris et généralise la relation qu’entretenait Paul Bowles avec les "Bowles Boys" comme étant une relation paternelle et pédagogique ; Bowles les aidait à mettre en valeur leur potentiel artistique et à se réaliser pleinement : les bienfaits qu’il en dérivait étaient substantiels ; une plus grand assimilation de la société et de la culture marocaines,  "ce que les autres pouvaient penser de son innocente distraction, ne le préoccupait guère".

 

Je voudrais en profiter pour apporter quelques précisions à un événement qui s’est passé en Juin 1957 et que chaque écrivain, y compris Mona Thomas qui n’aurait manqué pour rien l’occasion de le faire, rapporte. Il s’agit d’une arrestation de Ahmed Yacoubi par la police marocaine pour avoir soi-disant séduit un mineur allemand dont les parents avaient déposé plainte. Yacoubi est relâché puis incarcéré pendant 5 mois en décembre de la même année et finalement libéré après un procès qui dura une dizaine de minutes en Mai 1958. Pour comprendre ce qui s’est vraiment passé, il faut situer cet événement dans le contexte politique de l’époque et non pas l’attribuer à la perversité de Ahmed Yacoubi. Le Maroc venait d’accéder à l’Indépendance et Tanger qui était zone internationale devint partie intégrale du Royaume. Durant cette période de transition, communes à tous les gouvernements qui ont connu la colonisation, les autorités marocaines voulaient affirmer et imposer leur présence nouvellement acquise en essayant, par souci de moralité, de mettre fin à toutes les dérives qu’avait connues Tanger durant la période de laxisme qui avait précédé l’indépendance et ceci pour montrer aux étrangers que, désormais, c’était le Maroc indépendant qui assurait l’autorité et les règles de morale. Bien entendu, pour arriver à ce but, il fallait donner des exemples et trouver des bouc émissaires ; qui mieux que Ahmed Yacoubi pouvait jouer ce rôle. J'affirme que cette arrestation et condamnation avait été montées de toutes pièces par les nouvelles autorités de la ville de Tanger. D’ailleurs, cette politique allait être abandonnée quelques mois après l’exode de tous les étrangers de Tanger qui craignaient des décisions arbitraires de la nouvelle administration et les choses reprirent leur cours comme avant l’indépendance ; Ahmed Yacoubi fut libéré alors que selon la loi, il encourait plusieurs années de prison mais le juge avait estimé qu’il n’était pas coupable.

Ian Finlayson donné une très bonne et détaillée description de cette époque et donne pour raison de l’arrestation de Ahmed Yacoubi, non pas abus sexuel de la part de Ahmed Yacoubi mais plutôt  "aggression avec intention de commettre un meurtre". Finlayson pense que c’était en fait après Paul Bowles que les autorités étaient ; il fut d’ailleurs interrogé quatre fois avant de préférer quitter le pays jusqu’à ce que les choses se soient calmées pour y retourner.

 

Donc, contrairement, à ce que l’on pourrait penser en lisant le livre de Thomas, Ahmed Yacoubi n’était pas un individu dénué de tout scrupule et de toute valeur morale.

Dans son livre, Michelle Green, raconte comment la richissime américaine Libby Holman après avoir séduit Ahmed Yacoubi lors d’un voyage au Connecticut avec Paul Bowles fin 1953, essaya ensuite de se débarrasser de lui après qu’il ait satisfait les caprices excentriques qui caractérisent ce genre de femmes. Ahmed Yacoubi ne s’en alla pas s’en avoir avant mis en pièces et jeté dans sa piscine tous les habits qu’elle lui avait offerts pendant son séjour.

Peggy Guggenheim, dans son autobiographie déjà citée, raconte qu’un jour qu’elle prenait le soleil nue dans son palais à Venise alors qu’elle y accueillait Bowles et Yacoubi, celui-ci fut choqué et horrifié de la voir bronzer ainsi, complètement dénudée.

 

Pour en finir avec cette partie consacrée à Ahmed Yacoubi, il serait difficile de passer à côté sans mentionner le fait qu’il a été un très grand et talentueux artiste depuis le début quand il fut remarqué par Paul Bowles. Une étude qui se voudrait complète de l’art de Ahmed Yacoubi mériterait que l’on y consacre un livre entier.

Les éloges et les hommages ne manquent pas à son égard venant des grandes personnalités du monde entier comme Dali en personne, Peggy Guggenheim, William Burroughs, Alan Ginsberg, Mohamed Aziz Lahbabi, pour ne citer que ceux-ci. Les critiques d’art ont été unanimes à son sujet quant à son talent et son approche visionnaire de la peinture ; Bernard Saint-Aignan, Pierre Gassier, F. Wayne entre autres. Ses œuvres font partie de grandes collections comme celle du MoMA à NYC et on compte parmi les collectionneurs toutes les grandes personnalités de l’époque comme Montgomery Clift, Helena Rubinstein , Albert Rothschild, Tennessee Williams. Ahmed Yacoubi a été l’artiste marocain qui a eu la carrière la plus tournée vers l’internationale de son époque comme le souligne Mohammed Sijilmassi dans son livre l’Art Contemporain au Maroc: "Autodictate, il se distingue dès ses débuts par une peinture abstraite qui explorera et maîtrisera les courants internationaux les plus dynamiques du mouvement pictural de ces trente dernières années.". Ahmed Yacoubi a exposé à la Galerie Clan qui à l’époque exposait les œuvres de Picasso et de Miro, la Betty Parsons Gallery de New York, la Hanover Gallery à Londres sans oublier aussi la Biennale de Paris à laquelle il a participé en 1965 avec Gharbaoui et Cherkaoui, Bab Rouah et la Rencontre Internationale des Artistes au Musée des Oudayas en 1964, peut-être l’événement le plus remarquable par la qualité de sa participation qu’ait jamais organisé le Maroc.

Je terminerai par ce commentaire de Kamal Lakhdar dans l’excellent ouvrage mis sur pied par la SGMB en 1995 : Regards Immortels où une partie appréciable est consacrée à Ahmed Yacoubi certainement sous la directive de Fouad Bellamine qui avait été conseiller artistique pour la conception de l’ouvrage et qui depuis toujours a reconnu l’importance de l’œuvre de Yacoubi ; nous citons Kamal Lakhdar : "Demeuré méconnu – pour ne pas dire inconnu - dans son pays, Ahmed Yacoubi aura été l’un des peintres les plus importants de la première génération, un précurseur dont les travaux se sont inscrits dans les interrogations les plus actuelles de son époque.".

La question qui viendrait à l’esprit de n’importe qui et que semble, sans le faire directement, poser Mona Thomas est si une carrière artistique aussi riche et pleine que celle de A. Yacoubi , aurait été possible sans l’aide et l’appui de ses célébrissimes amis étrangers.. En ce qui concerne Paul Bowles, la réponse est indéniable. Paul Bowles a été un bon "coach" que ce soit pour Yacoubi ou pour ses autres protégés ; il avait cette qualité de mettre en valeur leur potentiel artistique et de les encourager et les guider vers le chemin sur lequel il jugeait qu’ils allaient exceller et ce dès leur début. Mais ce "coaching" en lui-même n’était pas suffisant, il fallait que l’artiste soit talentueux. Pour que Yacoubi ait pu exposer à la réputée Galeria Clan de Madrid, il fallait l’intervention de Bowles pour son pouvoir de persuasion, mais c’est surtout l’effet qu’ont fait les travaux de Yacoubi qui y ont contribué, Paul Bowles n’étant pas connu en Espagne à l’époque.

Il faut garder à l’esprit que Ahmed Yacoubi était illettré, ne parlait que l’arabe dialectal et des bribes d’autres langages qu’il avait apprises ici et là ; cette lacune devait se faire ressentir quand il avait affaire à des étrangers autres que ses amis occidentaux.

Quant au soutien de Francis Bacon, nous savons qu’il s’est limité à un apprentissage avec Yacoubi jouant seulement un rôle d’observateur, Francis Bacon ne lui ayant pas appris de techniques de peinture ; Paul Bowles dira que Yacoubi "l’observera comme un chat" cite Michelle Green dans son livre. A part dans deux de ses tableaux que nous connaissons dont l’un, représentant deux hiboux, fait la couverture de la monographie de Paul Gassier, le style de Ahmed Yacoubi est très différent de celui de Francis Bacon. Bacon fera exposer Yacoubi à la Hanover Gallery de Londres mais l’effort à dû être minime parce qu'il était sous contrat avec cette même galerie à l’époque.

Il faut souligner aussi le rôle de Jane Bowles, la femme de Paul Bowles qui malgré le fait que sa relation avec Ahmed Yacoubi devint mauvaise par la suite, admirait beaucoup son travail au point que lors de l’un de ses déplacements à New York, elle emporta toute une collection de ses tableaux et avant l’arrivée de l’artiste avait déjà mis sur pieds une exposition à la célèbre Betty Parsons Gallery et avait convaincu la galerie Weyhe d’en organiser une autre; propos rapportés par Michelle Green.

Contrairement à Mohamed Mrabet, un autre protégé de Bowles qui continuera à dépendre de Paul Bowles parce que celui-ci traduisait les contes en anglais, Yacoubi a tôt fait de voler de ses propres ailes compte tenu du medium qu’il utilisait.

 

Le fait qu’il soit illettré n’a vraiment été un handicap pour Yacoubi que quand il s’agissait d’exposer à l’extérieur du Maroc en territoire inconnu. Au Maroc il avait tôt fait de gagner une notoriété et une réputation et put donc se tirer d’affaire tout seul vu qu’il pouvait communiquer avec les participants du monde de l’art.

Le fait qu’il soit illettré a joué un rôle beaucoup plus grand quand il s’est expatrié aux USA. En effet son anglais écrit était inexistant et son anglais parlé approximatif, il aura beaucoup de mal à s’intégrer dans la vie artistique de New York et du pays en général. Sa liaison avec Carol Cannon, qui était supposée l’aider, ne lui sera pas d’un grand secours vu l’inexpérience et le manque de compétence de sa compagne dans le domaine qui l’importait. Dans son site www.carolcannon.com , elle déclare avoir organisé deux expositions de Ahmed Yacoubi au Maroc. Melle Cannon fait allusion à l’exposition à la galerie Savouroux de Casablanca ; vu la notoriété de l’artiste dans son pays natal, aucune galerie à l’époque ne lui aurait refusé une exposition. Quant à la deuxième exposition si on peut appeler ça une exposition puisque Jacques Berdugo, l’hôte de A. Yacoubi et C. Cannon à Casablanca avait organisé une réception et convié ses amis pour leur faire acheter des tableaux de Yacoubi. Jacques Berdugo, qui avait fait un voyage à New York où il avait été voir les toiles de Yacoubi sans en acheter aucune mais qui préférera attendre que A. Yacoubi vienne chez lui à Casablanca, pour lui en acheter une dizaine et certainement à un prix très modique vu tout le scénario qu’il avait monté en amont.

Pour conclure cette partie de la présentation j'estime qu’un artiste, quel que soit son medium, a un parcours qui lui est personnel. La providence met sur son chemin des opportunités à saisir et des obstacles à surmonter mais l’ultime résultat est que sa réputation et sa notoriété tôt ou tard seront acquises, seulement et si seulement cet artiste est né avec ou acquiert du talent.

Comme je juge, qu’un hommage devrait être rendu à Paul Bowles à Tanger, qui malgré ce qui a pu être dit à son propos, et malgré ses défauts fut un grand amoureux du Maroc, parce qu’il y choisit d’y vivre et d’y finir ses jours malgré le fait qu’il avait sillonné le monde de son vivant ; il a comme mérite d’avoir fait connaître Tanger dans le monde et d’y avoir attiré bon nombre d’artistes et de grandes personnalités du spectacle et du monde de l’art, personnages parfois un peu excentriques et étranges il est vrai mais qui ont été reconnus et appréciés dans leur pays d’origine et à travers le monde.

 

La manière la plus logique de conclure cette présentation du livre de Mona Thomas, Tanger 54, serait de faire une tentative pour essayer de résoudre l’énigme du personnage représenté dans le Dessin Normand et l’artiste derrière le dessin.

Et si le personnage qui est représenté ne serait autre, comme l’indique la légende, que William Burroughs en personne. Tout porte à le croire notamment si l’on compare le visage du dessin avec celui de la photo de William Burroughs en couverture du livre dans sa version anglaise, The Letters of William Burroughs, 1945-1959, édité par Oliver Harris. Cette photo avait été prise par Harold Chapman à Paris au "Beat Hotel" où William Burroughs séjournera avec Brion Gysin en 1958. La ressemblance entre cette photo de William Burroughs et le personnage du Dessin Normand est frappante (voir Galerie de Photos).

Quand à l’artiste qui a fait ce dessin, il ne pourrait s’agir que de Brion Gysin, qui depuis qu’il avait été présenté à Burroughs par Bowles s’était lié d’amitié avec lui et ils étaient devenus même inséparables et avaient travaillé ensemble sur un bon nombre de projets comme « the cut-up technique » et plusieurs publications.

Gysin était renommé pour ses tableaux inspirés de calligraphies mais il effectua aussi des sujets figuratifs comme ceux qui furent présentés lors de la rétrospective "Brion Gysin : Dream Machine" en 2010 au New Museum for Contemporary Art de New York. Brion Gysin utilisa le pastel dans nombre de ses œuvres et quand il datait ou titrait ses tableaux le faisait en français comme par-exemple "28 mai 65" ou "Le Dernier Musée" (voir Galerie de Photos). Un argument qui me semble de taille est le fait que dans le livre édité par Oliver Harris que j'ai cité plus haut, le recueil des lettres de Burroughs, à la fin du livre, dans les lettres de Burroughs à Brion Gysin, Burroughs employait "Tanger" et non "Tangier" comme il avait l’habitude de le faire ; ce qui expliquerait le "i" manquant dans la légende du Dessin Normand. Pour en terminer si on compare l’écriture du Dessin Normand, on remarque qu’elle ressemble beaucoup à celle du poème de Gysin présenté à la même rétrospective et intitulé : "I AM I, ARE WHO YOU ?".

 

                                                                   Mohammed Tazi,  Mai 2013

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

Edsall, Nicholas C. - Towards Stonewall, University of Virginia Press, 2003

Farson, Daniel- The Gilded Gutter Life of Francis Bacon, Vintage, 1993

Finlayson, Iain - Tangier, City of the Dream, Flamingo, 1993

Green, Michelle - The Dream at the End of the World, Bloomsburry Publishing Ltd., 1992

Guggenheim, Peggy - Out of This Century, Andre Deutsch Ltd., 1979

Harris, Oliver- The Letters of William S. Burroughs (1945-1959), Penguin

Books, 1994

Peppiatt, Michael - Francis Bacon in the 1950s, Yale University Press, 2008

S.G.M.B. - Regards Immortels, Editions Nuvo Media, 1995

Sijelmassi, Mohamed - l’Art Contemporain au Maroc, ACR Edition, 1989

 

 

LIENS UTILES.

 

www.briongysin.com

http://www.moroccoworldnews.com/2013/05/91140/morocco-as-seen-by-cnn/

 

 

REMERCIEMENTS.

 

- Dr M. F. Bencheqroun pour ses encouragements et ses commentaires.

- Conrad Fulbrook de Macaya Magic pour m'avoir donné l'autorisation de reproduire les travaux en copyright de Brion Gysin gratuitement.

- Christophe Dejean du Comité Francis Bacon à Londres pour ses réponses très précises quant à l'authentification du Dessin Normand et pour son généreux cadeau quant aux frais de droits d'auteur concernant les photos des tableaux de Francis Bacon.

- Alice Hogg du DACS de Londres pour sa patience et son aide quant à l'obtention de la permission de reproduire les photos des tableaux de Francis Bacon.

 

 

GALERIE DE PHOTOS.